Fédération PS de la Charente Maritime
Fédération PS de la Charente Maritime

Compte rendu de la table-ronde sur la réforme du collège

Le par

Cette table-ronde visait à :

– présenter aux militants PS de la Charente-Maritime les objectifs de la réforme du collège qui entrera en application à la rentrée 2016 ;

– débattre de sa mise en oeuvre.

Cette soirée était ouverte à tous les acteurs du monde éducatif qui souhaitaient y participer.

Etaient présents en tant qu’intervenants :
– Jean-Pierre RUIZ, principal-adjoint de collège, SNPDEN
– Christian LABARBE, professeur de collège, SGEN-CFDT
– Georges DUSSAUCE, secrétaire conseil local FCPE du collège de Châtelaillon

Excusée : Véronique HERVIOU (secrétaire académique de la PEEP), qui n’a pu nous rejoindre à temps

Ont décliné l’invitation : SNES-FSU et FO

 

1- Présentation des grandes lignes de la réforme :

 

a) Quel est le constat ?

– Plus de 110 000 jeunes sont encore sortis en 2015 du système éducatif sans diplôme ;
– Ils sont de plus en plus nombreux à ne pas maîtriser les compétences de base en fin de 3ème ;
– Entre 2000 et 2012, la France recule à la 25ème place sur les 27 pays de l’OCDE dans les enquêtes PISA ;
– En 2012, 20 % des élèves âgés de 15 ans sont en échec scolaire (15 % 10 ans plus tôt) ;
– En 2012 la France est devenu le pays de l’OCDE où la réussite scolaire est la plus corrélée à l’origine sociale.
… Tout cela malgré les moyens considérables déjà mis en oeuvre (le coût d’un élève du second degré est en France de 15 à 20 % supérieur à ce qu’il est dans la moyenne des pays de l’OCDE).

Le système éducatif français a régressé depuis 10 ans si on prend la part des élèves les plus en difficulté. Dans le même temps, les études montrent que les élèves français dans le secondaire sont parmi les plus stressés, que 70 % des collégiens s’ennuient contre 25 % des
élèves de l’école primaire. Pour Christian FORESTIER (IGEN), « le système éducatif français est le meilleur pour les meilleurs et le pire pour les moins bons ».
Si la France a réussi la massification (la presque totalité d’une classe d’âge accède au collège), force est de constater qu’elle a raté la démocratisation du collège. On a confondu collège unique et uniformité.

b) La loi de refondation de l’école, acte I

Après l’entreprise de destruction systématique de l’école publique opérée durant le « quinquennat Sarkozy », Vincent PEILLON, à la demande du Président de la République François HOLLANDE, a été chargé de refonder l’école. L’effort a surtout porté dans un premier temps sur le 1er degré qui souffre depuis longtemps d’un déficit de moyens (la nation dépense de 15 à 20 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE pour un élève de l’école élémentaire) :
• Création des ESPÉ : 22 000 enseignants formés en 2014 alors que la droite avait
purement et simplement supprimé la formation initiale des enseignants
• 60 000 postes recréés d’ici à 2017 (2/3 dans le 1er degré). Il est à noter que la quasitotalité
des postes créés dans les deux premières années du quinquennat HOLLANDE
ont été utilisés pour remettre en place une formation initiale des enseignants.
• Dispositif « Plus de maîtres que de classes » pour les élèves en difficulté
• 75 000 places nouvelles en maternelle, 3 000 postes pour l’accueil des moins de 3
ans en maternelle
• Refonte de l’éducation prioritaire
• Réforme des rythmes scolaires pour permettre aux écoliers français de bénéficier à
nouveau de 180 jours d’école par an au lieu de 140 précédemment et diminuer la
durée de la journée d’école
• Création du conseil supérieur des programmes (CSP)

c) La réforme du collège, acte II de la loi de refondation de l’école

Les grands principes de la réforme du collège :
• Refondation pédagogique ;
• Renforcement des marges de manoeuvre des établissements pour s’appuyer sur leur
expertise ;
• Renforcement de l’inclusion de tous les élèves qui passe par un accompagnement
pédagogique systématique de chaque élève ;
• Amélioration de la continuité des apprentissages entre l’école et le collège ; Création
d’un nouveau cycle 3 (CM1/CM2/6ème) dans le cadre de la refonte des cycles, à la
rentrée 2016
• Renforcement de l’enseignement des langues vivantes ;
• Évolution de l’évaluation des acquis scolaires des élèves ;
• Amélioration des relations entre l’école, les élèves et leurs familles ;
• Entrée dans l’ère du numérique ;
• Ouverture sur le monde, notamment vers les arts, la culture et le monde économique ;
Cette réforme veut donc :
– instaurer une refondation pédagogique pour renforcer les savoirs fondamentaux (par la mise en place de nouveaux programmes et d’enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) qui permettront de travailler sur des projets concrets en croisant les disciplines) ;
– renforcer les marges de manoeuvre des établissements pour s’appuyer sur leur expertise et tenir compte de la spécificité des élèves accueillis ;
– mettre en place un accompagnement pédagogique systématique de tous les élèves (de 1 à 3 h d’accompagnement personnalisé par semaine pour chaque élève) ;
– renforcer l’enseignement des langues vivantes (enseignement d’une LV2 dès la 5ème pour 25 % d’enseignement de LV2 en plus au collège).
Les sommes consacrées à la remise en route d’une formation des enseignants sont colossales. 4 000 postes supplémentaires sont créés pour la mise en place de la réforme.
De la 6ème à la 3ème, les élèves auront 26 h de cours par semaine entre travail en classe entière et travail par petits groupes :
– 23 h de cours en 6ème et 3 h d’accompagnement personnalisé (AP) ;
– 22 h de cours en 5ème, 4ème, 3ème et 4 h à répartir par chaque établissement entre accompagnement personnalisé (AP) et enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI).

 

2- Le débat entre les intervenants et les échanges avec la salle

 

Cette réforme, de l’avis de nos trois intervenants, était indispensable. C. LABARBE rappelle ainsi qu’elle a reçu un vote favorable au conseil supérieur de l’Education, ce qui n’est pas courant.

Pour G. DUSSAUCE, le collège ne pleut plus se contenter de reproduire les inégalités sociales, cette réforme répond à une réelle attente de la part de la FCPE. Le modèle d’enseignement du collège, construit comme un petit lycée, échoue à faire réussir tous les élèves. Si le collège ne peut pas tout, il est souhaitable d’en améliorer l’efficacité et le climat éducatif et culturel. La proposition gouvernementale (au moins dans ses premières versions ; ex. : la mise en oeuvre échelonnée des nouveaux programmes) a été considérée comme répondant très favorablement aux constatations et à une part significative des propositions de la FCPE, notamment :
– la généralisation de l’accompagnement personnalisé pour tous et un volume d’heure complémentaire pour développer les groupes à effectifs réduits.
– Le renforcement de l’enseignement des langues (LV2 pour tous en 5ème et augmentation du volume horaire).
– La mise en place de nouvelles pratiques pédagogiques, et en particulier la pédagogie de projet, le développement de l’interdisciplinarité (avec les EPI, les enseignements pratiques interdisciplinaires).
– Des rythmes mieux adaptés aux élèves (90 minutes de pause méridienne et des journées ne dépassant pas 6h pour les élèves de 6ème).
– Davantage d’autonomie pour les établissements pour définir et organiser une part des enseignements selon les besoins des élèves en collaboration avec l’ensemble de la communauté éducative.
– la mise en oeuvre plus effective de la participation accompagnée des parents dans la coéducation.
Selon J.P. RUIZ et le SNPDEN, cette réforme attendue ne propose rien d’autre que de généraliser ce qui fonctionne depuis 30 ans dans certains établissements et qui a des effets très positifs sur les élèves (motivation) et leurs résultats :
– Renforcer les savoirs fondamentaux en combinant théorie et pratique pour donner du sens aux apprentissages ;
– Tenir compte de la spécificité des élèves ;
– Travailler des compétences en croisant les disciplines ;
– Faire du collège un lieu d’épanouissement ;

J.P. RUIZ salue en outre la mise en cohérence entre les nouveaux programmes et les compétences du socle commun.
Néanmoins, des questions sont posées en raison des contraintes organisationnelles des établissements : avec une pause méridienne obligatoire d’1 h 30 et 26 h de cours par semaine, comment les établissements vont-ils faire pour prendre en charge les élèves de 8 h 30 à 17 h ?

Christian LABARBE voit donc dans la plus grande autonomie des établissements un point positif. Toutefois, l’augmentation des missions nouvelles des enseignants, le fait qu’ils soient nommés sur plusieurs établissements ne vont pas faciliter la mise en oeuvre de cette réforme.
Ainsi, si les finalités ne font pas débat, des difficultés apparaissent dans la mise en place. Plusieurs personnes présentes regrettent ce calendrier à marche forcée (notamment la mise en place des nouveaux programmes qui sera effective à la rentrée 2016 pour tous les niveaux, de la 6ème à la 3ème (JP RUIZ), le départ en formation des enseignants qui entraîne cette année de nombreuses absences non remplacées (G. DUSSAUCE)), même si chacun
sait quelles en sont les raisons : les échéances électorales de 2017 et la nécessité que cette réforme ne soit pas remise en cause.

Georges DUSSAUCE évoque le décalage entre ce qu’il faudra mettre en place et ce qu’on propose aux enseignants en formation. Par ailleurs, rien n’est dit sur la place des documentalistes, des agents et de leurs rôles éducatifs, des assistants d’éducation, … et georges DUSSAUCE de s’interroger sur une place affichée des parents dont l’opérationnalité dans la co-éducation est … invisible. En outre se pose le problème des carences en termes de moyens numériques que cette réforme implique et des moyens humains qui seraient nécessaires pour mettre réellement en oeuvre un accompagnement personnalisé effectif.
Le rôle des options (latin, classes européennes), longtemps utilisées par les seules familles qui possèdent les codes de la réussite scolaire, est enfin évoqué longuement avec des échanges intéressants entre les intervenants et la salle. L’enseignement du latin n’est pas supprimé mais il sera dispensé à tous de manière interdisciplinaire. Quant aux langues, c’est bien d’un renforcement de leur enseignement au niveau du collège (25 % de LV2 en plus) dont il est question, mais pour tous les élèves. Le rôle de l’école de la République n’est pas en effet de creuser les inégalités mais de mettre en oeuvre les conditions permettant la réussite de tous.

En conclusion : l’école primaire, le lycée, ont connu des réformes ; cette mutation du collège, malgré des points qu’il conviendrait de clarifier, était attendue depuis longtemps et constitue le chainon manquant qui doit permettre à notre système éducatif de mieux prendre en compte les besoins des élèves pour les faire réussir, quelle que soit leur origine sociale. En cela, c’est véritablement une réforme de gauche que nous, socialistes, devons défendre, même si nous savons que sa mise en place et sa réussite prendront du temps, comme toute réforme profonde dans l’Education Nationale.

Compte rendu rédigé par Denis HÉBERT
Secrétaire fédéral à l’Education
IMG_0948

Sur le même thème, lire aussi :

Le Parti Socialiste a lancé depuis quelques semaines des "Fiches de la Réussite" qui retracent l'action du gouvernement depuis 2012.   Vous trouverez ci-après l'ensemble
Le par
Cette table-ronde visait à :- présenter aux militants PS de la Charente-Maritime les objectifs de la réforme du collège qui entrera en application à la rentrée 2016 ;- débattre de
Le par

Les derniers contenus multimédias

%d blogueurs aiment cette page :